L'HÉRITAGE DE LA MATIÈRE


Embarqué sur les chantiers dès ma neuvième année aux côtés de mon père, plâtrier-staffeur, j’ai découvert la magie du plâtre : mélanger le sec à l’humide pour contraindre une surface ou faire surgir un volume. La préparation, le dosage et la gâche m’ont initié à la rigueur du geste, à sa répétition, dans un espace-temps dicté par le rythme immuable du séchage.


C’est sur ces mêmes chantiers, pendant mon temps libre, que j'ai commencé à bâtir des formes inutiles. Détourner la tâche artisanale pour la transformer en objet sensible, doté d'une ambiguïté.
De cette éducation précoce, j'ai gardé le besoin physique de dompter les matériaux lourds pour les alléger, et de rendre piquant ce qui semblait doux — de la maçonnerie de mon atelier percheron jusqu'au liant de mes toiles.


Mes séries sont le prolongement direct de ce labeur : une exploration plastique où la peinture est saisie pour tenter de côtoyer l'organique. Le glissement du synthétique vers l'animal.