L’HÉRITAGE DE LA MATIÈRE : UN ART EN CHANTIER

 

Éduqué sur les chantiers dès l’enfance aux côtés d’un père plâtrier-staffeur, j’ai d’abord intégré la rigueur du geste artisanal, soumis à la sanction physique des matériaux lourds et du temps de séchage. Mon passage par les Écoles d’art n’a pas été une rupture, mais un empilement : l’acquisition d’un vocabulaire théorique venu libérer mon geste de la contrainte utilitaire pour ouvrir des possibilités narratives. Mon travail est un chantier où ces deux éducations cohabitent, se percutent et se négocient à travers plusieurs protocoles :

 

« Je suis ici » (Série Cartes)

Née dans l’espace restreint d'un relogement, la contrainte me pousse à redéfinir une place en tant qu’artiste. Je décide alors la mise en place d’un nouveau protocole de création visant à réconcilier ce qui a fait l’origine et le mouvement de mes intentions toutes ces années: Une carte de l’espace et du temps.
Ce protocole force les règles du chantier et du musée à cohabiter sur un format immuable (29×29 cm). En coulant la peinture industrielle, je cerne la trace préalable du geste à la mixture grasse, pour tenter d’habiter le carré. Je provoque un sabotage technique volontaire en superposant le maigre sur le gras. Le geste académique vient ensuite coloniser et structurer cet accident chimique, réintroduisant des fragments de chair humaine là où la matière luttait.

 

La peinture en réserve (Série Respirations)

Ici, la matière liquide est réservée dans un emballage plastique pour être déployée en série. À travers un trompe-l’œil hyperréaliste obsessionnel, je peins la contrainte d’une peinture préfabriquée posée sur un piédestal géométrique. Le temps long de l’exécution picturale vient contredire la vitesse de production du déchet industriel, capturant le dernier état de la peinture.

 

Les prélèvements (Série Spécimens & Carnet)

Directement inspiré par l’esthétique des cires anatomiques et à la manière d’un collectionneur, je prélève des fragments de réel (matières organiques, objets, paysages) répertoriés de manière clinique dans un Carnet. Au centre de la toile, un pistolet de peintre de bâtiment projette des fonds mécaniques et vaporeux. Sur ce brouillard industriel, j’hybride mes prélèvements pour donner corps à des « spécimens » immobiles : des objets-peintures mutants, épinglés comme des énigmes visuelles destinées à l’observation.

 

Interstices (L'écart des protocoles)

La rigueur des protocoles se ménage des zones d’écarts et d’expérimentation. J’y rassemble les pièces transitoires, les essais d’accrochage et les variations de figures qui précèdent ou délient les règles systématiques. Dans cette zone de friction, j'éprouve de nouveaux rapports à l’espace : un laboratoire ouvert dont les écarts viennent directement nourrir et mettre à l’épreuve la règle.

 

Intégration du contexte biologique (Le Perche)

Le Triptyque de subsistance : Habiter – Manger – Créer

L'Appartement (Époque passée) : Milieu aseptisé hors-sol (« White Cube ») a généré l'esthétique stérile et sous vide des Cartes et Respirations.

La Maison & Le Potager dans le Perche (Époque actuelle) : Chantier ouvert, briques brutes, OSB. La production du potager et la rénovation du bâti partagent la même exigence clinique et empirique que la peinture.

Le Carnet compile ce vivier global.

 

David Antonio Loureiro